J'ai lu avec intérêt les informations qui ont circulé sur le net au sujet du "splash" de l'airbus A320, qui s'est posé en catastrophe sur l'Hudson River, en plein New York, le 15 janvier dernier. Et un peu comme tout le monde, je suis allé sur YouTube pour chercher des vidéos amateur, prises sur le vif.
Là, j'ai eu un doute.
Il y avait bien des vidéos de ce qui s'est passé après. Mais aucune vidéo qui montre ce qui s'est passé avant et pendant. Jusque là rien d'anormal sauf que lors de l'attentat du 11/09 2001, il existe une vidéo au moins qui montre ce qui s'est passé juste avant et pendant. La voici, intégrée dans un montage plus général (voir la première minute) :
Cette vidéo m'a toujours intriguée, depuis que je l'ai vue la première fois, il y a quelques années. Repassez-la et vous verrez ce qui peut déranger :
le pompier regarde au ciel dans une direction, sans doute un bruit d'avion,
le cameraman pointe sa caméra dans la direction presque opposée, et cadre sur les twin towers
il pointe sur les twin towers avant l'impact du premier avion sur l'une des deux tours
Un détail, un tout petit détail. Et sacrée intuition, me suis-je dit :
pourquoi lever la caméra au ciel sur la simple réaction d'un pompier, alors qu'il était occupé à autre chose ?
comment savait-il que l'avion allait être visible dans ce coin-là du ciel ?
quelle coïncidence d'avoir les twin towers presqu'au centre de la vidéo !
A l'époque, je me suis demandé comment cela était possible, et la seule réponse rationnelle pour moi était : la loi des grands nombres. Nous sommes en plein jour, en pleine activité, dans une très forte densité de population, dans un pays où chacun dispose d'une petite caméra, ne serait-ce que son téléphone portable. La probabilité que quelqu'un filme la scène au moment de l'impact n'est pas nulle. Et s'il n'y en a qu'un, l'internet permet une diffusion facile.
Mais pourquoi cela ne s'est pas produit dans le cas du crash du 15 janvier ?
nous sommes en plein jour, en pleine activité (peu avant 9 heures, pour le 11/09, un peu après 15 heures, pour le 15/01), dans la même ville
les téléphones portables et mini caméras sont plus accessibles que jamais (le marché a du au moins doubler depuis)
l'avion qui s'est crashé le 15 janvier a survolé la ville avec des réacteurs en feu pendant 3 minutes (en comparaison de la vidéo de l'attentat du 11/09 où la scène se déroule en quelques secondes)
les New Yorkais, en voyant ou entendant l'avion, auront fait immanquablement le rapprochement avec le 11/09, alors qu'à l'époque, l'événement était "impensable". Ils sont plus avertis, donc plus réactifs.
Pour moi, cette absence d'information en dit long, même si on ne peut pas exclure la probabilité qu'une vidéo existe et qu'elle ne soit pas publiée, ou tout simplement qu'il n'y a eu personne pour filmer la scène.
Je me demande donc qui était cette personne qui a pris ces images. J'ai un doute sur la source. Du coup je l'ajouterai à mes deux présomptions de manipulation de l'Administration Bush, que je crois être les "inspirateurs" des attentats :
les attentats du 11/09 servent trop parfaitement, et dans un moment trop parfait, les intérêts d'un groupe néo-conservateur va-t-en-guerre qui arrive tout juste au pouvoir (lire cette étude extrêmement bien documentée : "Réseaux conservateurs et nouvelle doctrine américaine de sécurité
", les sources sont souvent disponibles sur internet, notamment le travail du think tank "Project for a new American Century")
Voici donc les heurs et malheurs de la communication : quelle représentation aurions-nous de Napoléon Ier, si le web 2 et la vidéo avait existé ? Et celle de l'attentat contre JFK ? Les TIC et le web2.0 transforment notre perception du monde, de manière aussi importante et imprévisible que l'imprimerie et la télévision.
Le livre est la représentation limitée du monde d'un seul qui s'adresse à l'imagination de tous. La télévision est la représentation limitée du monde de quelques uns, dont les images s'imposent à nous. On pourrait dire que c'est une information construite par omission, à laquelle nous sommes habitués depuis des siècles.
L''information par l'internet (avec toutes ses composantes, notamment we2.0), c'est une construction commune, illimitée, floue, impossible à certifier.
Et pendant ce temps, les systèmes éducatifs n'arrivent même plus à apprendre à lire et à écrire correctement à nos enfants. Et ils n'ont pas encore commencé à leur apprendre à lire la télévision.
En ces temps imprévisibles, les prophéties auto-réalisatrices me semblent un outil tout à fait indiqué en management.
Ca m’est venu en lisant une réponse à mes vœux pour 2009 d’un ami chef d’entreprise qui disait ceci : « Bonne année à toi aussi, j'espère que nous ferons tous mentir les pronostiqueurs de tous bords ».
La petite présentation de Wikipedia sur le sujet des prophéties auto-réalisatrices est très bien faite. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, allez-y vite.
Le principe est simple : le fait de prédire quelque chose favorise sa réalisation. Par exemple, vous allez voir une voyante. Elle vous prédit que vous aurez un accident de voiture dans un futur proche. A la prochaine situation difficile en voiture, vous vous direz "ca y est" et vous aurez tendance à provoquer l'accident.
Quelques points clés qui m’intéressent :
C’est un outil qui fonctionne dans une interaction : c'est la relation entre la voyante et l'automobiliste qui produit le phénomène. C'est-à-dire qu'il faut une relation de dépendance (je crois dans la voyance et la voyante est légitime) et un échange entre les deux personnes.
Il fonctionne dans un système pratiquement fermé : la prédiction doit être dominante. Dans un système ouvert, il y a des prédictions contradictoires. Une autre voyante pourra dire qu'elle voit que l'automobiliste échappera à un accident de voiture. Un système fermé est par exemple : la famille, l’entreprise, par exemple. Je pense qu'une prédiction à moins de chance de se réaliser à l’échelle des grands nombres, même si le phénomène est courant.
Il fonctionne sur des réalités sociales, c’est à dire sur des objets admis comme réels par l’ensemble du groupe social : la crise économique, le terrorisme, l'art, etc... (même pour des réalités sociales contestées, comme par exemple l'insécurité : le simple fait de la contester, c'est lui donner une existence).
A contrario, il ne fonctionne pas si une prophétie est contredite par une réalité physique. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « le prix du pétrole va baisser durablement dans les 20 ans qui viennent », tous les actes que je peux faire qui pourraient valider la prophétie se heurteront à l’épuisement physique des ressources.
Il a un corollaire très intéressant : la prophétie auto-destructrice. Le fait d’annoncer quelque chose fait que cela ne se produira pas, parce qu’elle va produire des comportements qui empêcheront sa réalisation. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « la chute de notre chiffre d’affaires est inévitable », suivant le contexte de l’entreprise, l’action de l’équipe permettra d’obtenir exactement le résultat opposé. Dans le cas de la voyante, tout dépend de la nature de la relation entre l'automobiliste et la voyante. S'il ne "croit pas", il aura tendance à vouloir prouver que la voyante a tort.
Ha ! Voilà. Nous y sommes : comment utiliser les prophéties auto-réalisatrices et auto-destructrices en management ?
Le manager enchanteur
Quand plus rien n’est prévisible, il va falloir construire sa propre réalité. Voici donc ce que je vais tester :
Rechercher une prophétie auto-réalisatrice non limitée par la réalité physique (le fait de dire « nous aurons une croissance de 20% cette année, comme les 6 dernières années » ne me semble pas suffisante, parce que pour plusieurs raisons, elle se heurte à une limite physique).
Fermer le système : non pas en demandant aux collaborateurs d’arrêter de lire les journaux (ce que j'ai fini par faire, mais spontanément), mais en créant les conditions pour transformer la prophétie actuelle (on n’est pas loin de la fin du monde) en prophétie auto-destructrice. Comme pour le cas de la voyante, on pourra mettre en doute la légitimité des auteurs de mauvaises nouvelles économiques et leurs prédictions associées (du genre : "le pire est devant nous").
Chez tout patron, il y a un côté pisse-vinaigre et un côté enchanteur. A défaut d’avoir le pouvoir de transformer l’eau en vin, je vais mettre en veilleuse mon côté pisse-vinaigre et mettre en avant celui d’enchanteur.
C’était bien involontaire, mon blog a pris quelques semaines de vacances, le temps de remettre quelques idées en ordre. Comme on se réveille le matin. Mais qu’est ce qui se passe ?
Au dernier trimestre 2008, il m’a semblé lire des messages totalement contradictoires : catastrophisme des grands médias, sérénité des patrons que je connais autour de moi, chutes de chiffre d’affaires vertigineuses parfois rattrapées par des hausses de même ampleur le mois suivant, fanfaronnades des politiques suivies d’hésitations et de désillusions, perspectives plus noires que jamais sur l’impact du réchauffement climatique et projets de relance appuyée sur du pétrole bon marché, revendications syndicales du XIXe siècle et réponses patronales… du XIXe siècle, perspective d’une relance économique mondiale sur fond de coopération politique internationale, guerre Israélo-Palestinienne.
Tout cela un peu ridiculement symbolisé par l’affolement de l’indicateur boursier qui, chaque jour, tantôt distille un excès d’adrénaline auprès de sorciers polyglottes en costume anthracite cravate de soie et diplôme de hautes écoles financières qui prédisent que le Paradis de l’argent facile est retrouvé, tantôt suffoque les mêmes, par la nouvelle perte abyssale de leurs valeurs crapuleuses établies sur des règles fausses et irréalistes, au point d’inhiber leurs quelques neuro-transmetteurs si tant est qu’on puisse considérer que des animaux qui font toujours les mêmes erreurs, avec toujours la même arrogance, avec toujours le même autisme, avec toujours le même uniforme psycho-rigide, les mêmes chaussures noires cirées tachées de sang et toujours les mêmes salaires démesurés et indécents par rapport au mal qu’ils font à la planète et en particulier aux travailleurs, disposent vraiment d’un cerveau (même un ordinateur aurait été moins bête : il aurait planté).
Notre avenir est absolument incertain, et c’est tant mieux
C’est tant mieux, parce que depuis la fin du XXe siècle, nous sommes dans une période de transition entre un ordre du monde et un autre.
Cette crise est plus forte que les autres : elle nous rappelle que nous vivons probablement la période de l’humanité la plus cruciale de son histoire. Quand même. Ca ne vous fait pas frémir ? Frémir de terreur : quelle responsabilité ! Frémir d’aise, aussi : c’est pas tous les jours. Nous devons trouver des solutions pour vivre ensemble, durablement, le mieux possible, sur une planète finie et par conséquent un peuple unique de 6 à 9 milliards de citoyens. Mais ce n'est qu'une crise. Une crise, est une expérience : elle ne dure qu'un temps et elle doit servir de leçon.
C’est tant mieux parce que la majorité des jeunes sont en rupture radicale avec les modes de pensée de leur parents. Et j’espère que les adultes seront aussi clairvoyants qu'eux, qui ne voient plus dans le costume trois pièces, la business school, la rhétorique politicienne, l’arrogance et le mépris des nantis incultes la voie sacrée de l’épanouissement de l’individu. Ou alors oui, une certaine Voie Sacrée…
Exemple : extrait d’une réflexion d’un ami, vendredi soir
« …de toute manière, les Chinois n’ont pas le choix, avec 200 millions de personnes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, en-dessous de 7% de croissance annuelle, ils seront obligés de déclarer la guerre pour occuper les chômeurs. La question est de savoir à qui ils vont déclarer la guerre… »
En entendant ça, j’ai pensé à mes parents qui me parlaient de la guerre, j’ai pensé à ma fille qui va donner naissance à une petite fille en mars, j’ai pensé à mon métier, et j’ai pensé ceci :
Nous n’avons plus de représentation claire de notre réalité sociale. La réalité est une construction. Nous fabriquons la réalité à partir de nos sens, de notre langue, que nous partageons avec les autres jusqu’à produire des normes qui nous rend la vie compréhensible et supportable.
Un facteur clé qui permettra de construire un nouveau monde durable, apaisé et joyeux est la communication.
J’ai toujours défini la communication comme le moyen de partager une vision du monde.
Pour partager (au sens de « prendre part » et non « prendre des parts », comme dit Jean-Pierre Prudhomme) une réalité commune entre une société et une autre, pour partager une réalité commune entre ceux qui pilotent et ceux qui font confiance aux pilotes, pour partager la connaissance et produire des connaissances nouvelles.
Tiens, d'ailleurs : les entreprises doivent-elles encore penser à prendre des parts de marché ou pendre part au marché ?
Cela veut dire apprendre à communiquer, apprendre à partager, apprendre à dialoguer, apprendre les langues étrangères (l'anglais, mais aussi l'arabe, le wolof, le roumain, le chinois...), penser l'impensable, apprendre à apprendre...
Eh bien, en cette période dite de « crise », il y a du boulot. C’est nous qui décidons de ce que nous voulons devenir.
C'est peu de dire que la Roumanie a une mauvaise image auprès de la majorité des Français. Je ne suis pas loin de penser que ce pays connaîtra en Europe un essor identique à celui du Japon dans le monde.
Dans les années 70, le Japon était méprisé par les pays dits développés. On connait la suite. J'ai vécu cette "irruption" de la puissance japonaise dans l'économie mondiale. Ce qui a surpris, c'était la rapidité avec laquelle l'image de qualité et d'innovation s'est installée. En réalité, c'était un travail de longue haleine (il ne peut pas en être autrement), mais discret.
De la culture à la qualité et l'innovation
Je retrouve dans la Roumanie les mêmes ingrédients : un pays discret, humble, travailleur, en forte croissance économique. Et surtout, comme le Japon, un pays qui a une histoire et une culture auxquels les Roumains sont fortement attachés. Et il y a de quoi.
C'est ce dernier point qui m'a frappé lors de mon voyage en Transylvanie en Août dernier. Confirmé hier soir par la soirée de gala organisée par le Centre Roumain de Strasbourg, ouverte par un récital de la chorale "Preludiu". La qualité de cet ensemble vocal, composé de jeunes artistes, était tout simplement stupéfiante.
Une conséquence économique de cette culture est le goût pour la qualité. Quels que soient les moyens, ce qui est produit doit être de qualité. C'est le cas par exemple des centres commerciaux (voir image ci-dessus), qui n'ont rien à envier à notre pitoyable Rivétoile à Strasbourg, bien au contraire. Il n'y a pas de communication sans culture
Quel rapport avec la communication ? C'est simple. La communication est un instrument de progrès des sociétés humaines. Communiquer pour communiquer est illusoire. Dominique Wolton expliquait il y a déjà un moment que les récents outils de communication augmentait la quantité des messages et réduisait leur qualité unitaire (ce n'est pas parce qu'on peut dire beaucoup, qu'on dit plus).
Il n'y a de communication utile qu'avec de la culture et du désir. Si on lit le modèle de communication de Shannon, la culture est une variable omniprésente : dans l'émetteur et le récepteur, dans le codage et le décodage, et même les bruits, les canaux et le feed-back.
Un de mes confrères se gonflait les pectoraux récemment en titrant un article sur la communication confondant de sottise : "ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule" (curieuse référence à trois malfrats incompétents...). Eh bien non. Je dirai pour ma part : si on ne veut pas fermer sa gueule, il faut avoir envie de dire des choses.
La communication, c'est des tuyaux et une pompe. Sans culture et sans désir, la pompe tourne à vide, comme celle des Shadoks. Je peux vous dire qu'en Roumanie, des soirées de gala jusqu'aux terrasses de café des petits villages, ça bouge et ça imagine le monde
Lors des rencontres Mobilis, que Latitude a organisées les 18 et 19 novembre à Belfort, j'ai vraiment mesuré la rupture que vit le marché de l'automobile. Les conférences de haut niveau ont montré que les repères ont changé : la "voiture" n'est plus le centre du monde, bien au contraire. C'est une révolution copernicienne.
Parallèlement aux tables rondes et ateliers se tenait une petite exposition où on pouvait découvrir des engins souvent étranges, assez différents les uns des autres, qui préfigurent les véhicules de demain.
La diversité des solutions proposées faisait un peu penser à la théorie de l'évolution de Darwin : de nouveaux modes de déplacement émergent, qui entrent en compétition pour s'adapter à un nouvel environnement. Bien malin celui qui prédira lesquelles de ces solutions gagneront la compétition des usages.
Ce qui m'est apparu évident, en circulant entre les
les systèmes d'optimisation de trafic fondés sur la densité des signaux des téléphones mobiles
ou les simulations de réalité virtuelle,
c'est qu'il y a une prime à l'esthétique. On est immanquablement attiré par ce qui est beau, ce qui "sé-duit" (conduit à soi).
L'esthétique : un langage du changement
On accepte le changement, on accepte l'autre, plus facilement s'il est beau. Voire on y succombe. Peut-être faudrait-il moins de consultants en conduite du changement et plus d'esthètes pour convaincre de changer ses habitudes.
Un mot d'abord sur la "beauté" : je ne me lancerai pas dans une définition, je ne suis pas philosophe. Simplement je voudrais relever le caractère relatif de la beauté, et plutôt défini par la norme. C'est cet aspect qui m'intéresse : l'innovation se caractérise par un changement de norme (l'innovation devenant une nouvelle norme).
Je me demande si la beauté n'est pas un langage du changement qui tricote la norme ancienne (ce avec quoi nous vivons et qui nous rassure) et la nouvelle (l'innovation). La beauté rend le changement acceptable, voire désirable.
Plusieurs études montrent la relation entre beauté reconnue d'une personne et estime d'elle-même. La plus surprenante étant celle de Nick Yee, chercheur au centre de recherche de Palo Alto, qui montre qu'une personne qui se crée un avatar plus beau regagne de l'estime d'elle-même dans la vie réelle (effet Proteus).
Philippe Davezies, chercheur en psychodynamique du travail à l'université de Lyon, montre que l'esthétique est un facteur de motivation (on peut être motivé pour faire un "beau travail", par exemple.
Une autre expérience, plus personnelle : j'ai fait l'apologie de l'Iphone, dans un post récent et je me suis fait incendié par les experts qui m'expliquaient que les choix technologiques et environnementaux de l'Iphone étaient catastrophiques. Oui, j'étais subjugué par son esthétique, je le reconnais volontiers, qui explique en grande partie le succès du téléphone d'Apple.
S'il est assez aisé de comprendre que l'esthétique est un langage de séduction, on a moins conscience que l'esthétique peut être un langage du changement.
En particulier en France, on a tendance à juger l'innovation sur sa performance technique ou d'usage, mais on néglige son esthétique. Qu'on le veuille ou non, le Shinkanzen est beaucoup plus beau que notre TGV, et la fonction design est moins développée qu'ailleurs.
Décideurs, managers et inventeurs français, encore un bel effort pour être innovateurs...
Qui aura retenu le premier discours du Président Barak Obama le soir du 4 novembre 2008 ? D'après mes échanges avec mes amis, pas grand monde... Nous parlions tous de celui de John Mc Cain.
Pourquoi ? Parce que ce n'était pas le discours d'un bon perdant. C'était un "méta-discours" : John Mc Cain, s'est placé au-dessus du jeu, il n'était plus un protagoniste de la campagne électorale, il en était l'observateur. Et du coup, son propos était plus visionnaire que celui de Barak Obama.
Il y a deux points du discours que je voudrais éclairer :
La maîtrise du cadre de référence du discours :
Au début de son intervention, John Mc Cain a posé le cadre : les résultats sont clairs, j'ai perdu, bravo monsieur Obama.
Levée de sifflets des partisans républicains : Et là un geste d'autorité de John Mc Cain. Ses mains intiment vivement au public de cesser les sifflets, appuyé par un regard plutôt dur et souligné par des lèvres pincées qui signifiaient clairement "je n'accepte pas cette attitude". Pas un mot. Et tout le monde se tait. Et il a un boulevard pour dérouler son message.
C'est ce que j'appelle définir le cadre de référence. C'est très utile pour un manager ou un consultant : d'abord fixer les règles du jeu et ne pas tolérer qu'elles soient transgressées, dans une position d'autorité. Ensuite on peut faire son travail, dans une position d'humilité qui permet la coopération.
C'est aussi ce qu'on appelle la "position haute" qui définit le cadre, et la "position basse" qui permet le débat constructif.
Sortir de l'échec par le haut
Pas facile de conclure sur un échec. Comment John Mac Cain y parvient-il (brillamment) ? Pour le comprendre, il est utile de comparer son discours à celui de Giscard d'Estaing en 1981.
Le contexte n'est pas le même, certes : Giscard terminait son mandat sur un bilan positif, un des meilleurs de tous les présidents de la Ve République. Mac Cain devait porter le lourd héritage des frasques de l'équipe Bush et une des crises économiques les plus graves des cinquante dernières années.
Mais il y a aussi une similitude très nette : une alternance spectaculaire (la gauche en France, un démocrate Afro-américain aux USA), avec l'espoir et l'émotion qui l'accompagne.
Le point clé est le suivant : si je considère que mon adversaire est le meilleur, je me donne une chance de ne pas être un mauvais. Si, comme Giscard, je sous-entends que mon adversaire est un incompétent, je sous-entends aussi pour mon public que je suis un mauvais.
Dans le premier cas, j'ouvre la possibilité de la coopération (tu es le meilleur, et je ne suis pas un mauvais : et si on bossait ensemble ?). Dans le deuxième cas, je suis source de conflit (tu es un incompétent, mes électeurs ont compris, tes électeurs sont des cons).
Posture de Giscard (hautaine) :
un discours centré sur le passé
un plaidoyer pour son bilan (qui signifie : "vous n'avez rien compris")
l'usage permanent du "je" et un mépris absolu pour les autres (la seule chose qui peut vous sauver, c'est la Providence !)
il tourne le dos (pour ne pas dire son cul) à son successeur, à son peuple, à l'avenir
Posture de John Mac Cain (humble) :
un discours centré sur l'avenir
un plaidoyer pour son adversaire (qui signifie : "il vous a compris")
l'usage fréquent du nous, rassembleur, et l'usage du "je" pour dire : c'est moi qui ai perdu, pas mes électeurs
il tend la main à son adversaire, à son peuple, à l'avenir
Cette posture n'a pu être possible que par ce premier geste de soumission : je reconnais la valeur de mon adversaire. Giscard semble n'avoir pas compris que c'est lui qui a perdu, et pas le peuple.
Elle permet de dépasser en quelques minutes des mois de lutte et de coups bas. C'est bon pour le candidat vaincu, c'est bon pour le vainqueur, et en définitive, c'est bon pour l'intégrité du pays. Chose qu'en France les hommes et femmes politiques sont encore très loin d'avoir compris.
Sortir gagnant d'un échec, c'est donc sortir du cadre :
reconnaître sa défaite et la valeur de l'adversaire, c'est reconnaître sa propre valeur
reconnaître les intérêts supérieurs du groupe, c'est rester relié au groupe
définir une position dans l'avenir (se re-présenter, se retirer, coopérer, etc...), c'est continuer à exister
On comprend aussi à travers cette petite comparaison que malgré ses réalisations brillantes (sortie durable de la crise pétrolière, majorité à 18 ans, légalisation de l'IVG, sortie de la stagflation, participation active à la construction européenne, traité constitutionnel européen...) Giscard d'Estaing n'a plus jamais pu prétendre à une fonction politique de premier plan.
La publicité de Barak Obama d'une demi-heure, diffusée sur les grandes chaînes de télévision américaine est une leçon quasi-académique de communication. Voici quelques points saillants de ce travail, il y en a sans doute d'autres :
Donner un sens à la différence
La publicité est l'art de faire valoir une différence. La différence patente entre Barak Obama et son adversaire est la complexité de son programme. Le format d'une demi-heure présente 2 avantages :
surprendre par le format lui-même qui crée une différenciation perceptible,
un format adapté à un message complexe : un spot de 30 secondes est nécessairement démagogique, dans un spot de 30 minutes, on peut aussi faire de la pédagogie.
La légitimité
Une des clés de la dialectique politique est la légitimité : qui es-tu pour nous représenter ? Barak Obama, issu de la minorité ethnique noire, avait un gros travail à faire. Les 30 minutes de la publicité étaient rythmées par la question de la légitimité.
Obama a travaillé sur 2 registres :
l'origine sociale
la filiation
Concernant l'origine sociale, il s'est appuyé sur la middle class dont il est issu. Les quatre témoignages sont tirés de classes modestes américaines, trois familles blanches, une famille noire. Les témoignages étaient intriqués aux propres témoignages de l'enfance de Barak Obama.
La séquence était la suivante : témoignage d'une famille américaine / discours du candidat / témoignage du citoyen Barak Obama.
Concernant la filiation, c'est beaucoup plus subtil et intéressant. J'ai cherché parmi les personnalités américaines de qui Barak Obama pourrait être l'héritier.
J'ai pensé d'emblée à Martin Luther King, mais non, ça ne colle pas du tout avec le film. Martin Luther King avait un débit verbal plus lent, et exprimait ses émotions avec beaucoup plus d'intensité que Barak Obama. J'ai trouvé une filiation très claire avec John F. Kennedy.
Il y a sans doute encore d'autres filiations à trouver. Finalement, après avoir visionné d'autres meetings de Barak Obama, je pense qu'il s'est affilié à ces deux personnalités.
Ici un publicité de JFK : regardez la gestuelle, et le visage, très proche du non verbal de Barak Obama. Des mains tendues, qui "structurent" le discours. Dans d'autres vidéos, Barak Obama pointe le doigt vers l'horizon ou vers la foule de la même manière que JFK.
Ici le fameux discours de Martin Luther King (I have a dream). Rien à voir avec Barak Obama : ni dans la voix, ni dans l'émotion, ni dans le non verbal :
Et pourtant, regardez cette vidéo : Obama fait un discours sous la pluie. Inspiré par le ciel, comme l'était de manière fervente Martin Luther King, il trouve des intonations du leader noir.
Alors que Barak Obama tire sa légitimité de la classe sociale à laquelle il s'adresse et de quasi-héros (demi-dieux) du panthéon Américain, John Mc Cain tire sa légitimité quasi exclusivement de la guerre du Vietnam, puisqu'il est difficile pour lui de s'appuyer sur la famille Bush.
L'émotion
Deuxième clé essentielle de la dialectique : l'émotion (que j'inclus, pour ma part dans un triangle émotions - valeurs - témoignage des faits, mais je simplifie). Là encore le format d'une demi-heure permet à l'émotion de s'installer.
Je rappelle que l'émotion est un puissant conditionnement pour l'esprit. Par exemple, la joie favorise le travail rationnel du cerveau. La tristesse ou la colère réduisent nos capacités intellectuelles.
Le moteur de l'émotion est emprunté au cinéma : puissance de l'association de la musique et de l'image. Dans le film "la chute", la musique arrive à nous arracher des larmes sur le sort des nazis. Ca devrait suffire à convaincre de la puissance du procédé.
Dans la vraie vie, on est rarement accompagné par un orchestre symphonique, mais essayez donc de faire la chose suivante : filmez une scène de famille banale (un repas, un réveil, un week-end dans le jardin), montez le film légèrement au ralenti et mettez-y une musique de film qui prend aux tripes (Angelo Badalamenti, Clint Mansell, Philip Glass, par exemple). Si vous n'avez pas la gorge nouée au bout de deux minutes, je vous paye une bière.
Bien entendu, ce n'est pas le seul ressort de l'émotion, et il faut rendre ici hommage à Davis Guggenheim, le réalisateur du film (également réalisateur du film d'Al Gore "une vérité qui dérange"), qui a mis les ingrédients qu'il fallait dans le montage (rythme, gros plans, scènes d'affection) et le contenu souvent fortement émotionnel de la voix off de Barak Obama.
La vulgarisation par le témoignage
Cette technique a été particulièrement utilisée par Nicolas Sarkozy. Elle consiste à démontrer un mécanisme social en faisant parler une personne impliquée dans le mécanisme.
Ainsi, Nicolas Sarkozy faisait-il régulièrement état de ses déplacements dans les régions, dans les usines, et de ses dialogues avec des ouvriers, des mères de famille, etc... jusqu'au Karcher et la racaille, qui sont des termes issus de dialogues avec des habitants des cités exaspérés par la violence des petits voyous de leur quartier.
On imagine à quel point c'est un procédé manipulatoire. Tout le film est construit sur ce mécanisme. C'est sans doute ce qui, du point de vue de la technique de communication, rend le message le plus discutable.
Un témoignage différent d'un autre acteur du mécanisme aurait pu aboutir à des conclusions diamétralement opposées.
C'est pourtant le procédé le plus courant dans la démonstration par l'image. Et nous sommes entrés dans l'ère de l'image...
Barak Obama intervient après chaque témoignage pour prendre de la hauteur, "modéliser" le témoignage et en déduire son programme politique.
Les symboles
Ouaou... on se régale dans le film. Il y en a plein, sur des registres très différents. Il faut se replacer dans le contexte du média : tout film travaille sur quatre registres issus de deux univers :
L'univers visuel : l'image et le mouvement, le montage et les transitions
L'univers auditif : la musique et le son, la voix et les paroles
Ils sont les supports des symboles et produisent des significations (que je sépare du sens : le sens est donné par ce que le spectateur a compris)
Deux symboles que j'ai trouvés remarquables :
La renaissance des Etats-Unis : l'introduction, avec le champ de blé, puis en fondu les mains des enfants qui tiennent les petits drapeaux Américains. Le ton est donné d'emblée. Les points sur les i sont posés par la voix de Barak Obama : "everywhere I go, despite the economic crisis, the war, and the incertainity about tomorrow, I still see optimism, and hope, and strength".
Et ce drôle de truc que j'appellerais "la Vocation" : Barak Obama traite de la santé, et prend pour exemple sa mère, morte d'un cancer. Le plan suivant est consacré... à son discours où il annonce sa candidature à la Présidence des Etats-Unis. Il y explique le lien entre la mort de sa mère et sa candidature. Ailleurs il expliquera "I was more shaped by the absence of my father, than his presence".
Au fond, il y a là une sorte d'immaculée conception d'un noir par une mère blanche. Je ne peux pas croire que tout cela n'a pas été soigneusement pensé. Well done, guys... Pour moi c'est le moment le plus dense du film.
La séquence démarre exactement à la 18e minute d'un film qui dure 27 minutes, soit exactement aux 2/3 du film. Je ne peux pas dire si cela à une signification (ce n'est pas loin du nombre d'or, mais bon...). Peut-être un cinéaste pourrait me dire s'il se passe quelque chose de précis à ce moment-là d'un film.
Barak Obama organise toujours son argumentation de la même manière :
j'explique comment je finance ma dépense
j'explique ma dépense
La tâche est assez simple, pour Barak Obama. Il dit à un moment ceci : "supprimer les dépenses qui ne rapportent rien, privilégier celles qui ne coûtent moins et marchent mieux".
Il s'appuie sur la plus grande faiblesse du gouvernement précédent en parlant de la ligne budgétaire la plus lourde et la plus inutile : la guerre en Irak qui coûte 10 milliards de dollars par mois aux Américains.
Cette parade sous forme d'attaque contre son adversaire est quasi imparable pour John Mc Cain qui n'a pas su prendre ses distances par rapport au gouvernement Bush. Erreur que n'a pas commise Nicolas Sarkozy.
Résultat : les attaques de John Mc Cain sont traitées sur le ton de la dérision. Deuxième erreur : le temps n'est pas aux guignoleries. J'en parlerai un peu plus loin.
L'argumentation complète de Barak Obama se séquence en trois temps :
le témoignage décrit des faits et l'émotion associée (on est toujours entre tristesse et amour pour ses proches, sa nation). L'émotion permet de faciliter l'adoption des arguments qui suivent. L'image prime.
la réponse aux objections (non seulement ça ne va rien coûter, mais en plus on fera des économies - nous aiderons ceux qui en ont le plus besoin). La voix et le visage (qui renvoie à la responsabilité) de Barak Obama priment.
le programme : à la voix et au visage de Barak Obama s'ajoutent un texte écrit en bas à droite de l'écran et qui grave dans le marbre de l'écran de télévision les actions qui seront menées par son gouvernement s'il est élu.
Une autre règle de l'argumentation persuasive est de partir de la vision du monde de son interlocuteur. Là aussi, Barak Obama est impeccable :
la structure générale de son argumentation part du court terme vers le long terme : il explique d'abord ce qu'il va faire ici et maintenant pour agir sur la crise et soutenir le quotidien des Américains, et il s'agit d'aides financières ; il parle ensuite d'actions à plus long terme ("longer view") où il s'appuie purement et simplement sur les trois piliers du développement durable (économique - social - environnemental).
à la manière de Sarkozy, son discours part toujours du quotidien des gens pour arriver à un plan d'actions, expliqué avec des mots simples.
Le personnage et son rôle
Eléments de contexte, d'abord :
Du point de vue politique, depuis 2005 les démocrates gagnent élection sur élection. Il est probable que n'importe quel candidat démocrate aurait gagné en 2008. Encore que de récentes analyses indiquent que rien n'est gagné du fait que Barak Obama soit noir (l'effet Bradley). Néanmoins, il y a un effet Barak Obama incontestable sur les Américains.
Le contenu du message de Barak Obama fait immanquablement penser aux programmes politiques des pays européens. En particulier, on y trouvera une grosse partie du programme de Nicolas Sarkozy, et aussi pas mal de choses du programme de Ségolène Royal.
Je n'ai d'affection particulière ni pour l'un, ni pour l'autre, mais je suis frappé par ce rapprochement de la politique américaine vers la politique européenne (et pas l'inverse). Ce qui est sans doute, du point de vue de la politique économique une très bonne nouvelle (on donne une nouvelle chance au keynésianisme, si un économiste qui me lit pense que je dis une énormité, qu'il laisse un commentaire, je m'expliquerai).
On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec un livre récent de Jeremy Rifkin : the european dream. Barak Obama entame d'ailleurs explicitement le deuil de l'American Dream dans un passage de son film.
Constat : Barak Obama / Nicolas Sarkozy, même combat (par exemple ceci : une économie qui honore la dignité du travail, une présidence de rupture, ou encore le témoignage d'une femme qui part au travail le matin avant le lever du soleil)
Question : où se trouve la différence (parce que quand même, on sent bien une différence) ?
Avant de parler de la différence, je voudrais parler d'une autre ressemblance, essentielle : l'intime conviction de détenir une solution.
Je me suis tapé des heures d'analyse du discours de Sarkozy, avant qu'il soit Président (il était meilleur avant), pour décoder sa dialectique qui était à l'époque assez innovante. J'ai bien découvert des trucs très intéressants, n'empêche : j'affirme que Nicolas Sarkozy croyait dur comme fer à ce qu'il disait. Ce n'était pas le cas de Ségolène Royal, ce n'est d'aucune manière le cas de John Mc Cain et ça se voit sur leur tête, à leur manière de parler, à leur posture corporelle.
Voici un des rares discours où John Mc Cain ne fait pas le guignol. Regardez le visage figé, l'intonation théâtrale, la dissonance entre ce que disent ses mots et ce que dit son image (même le public n'y croit pas vraiment) :
Barak Obama partage avec Nicolas Sarkozy ceci : ils ont l'intime conviction de détenir une solution pour leur pays.
La différence fondamentale entre les deux personnages est le non-verbal. Un laboratoire a étudié par ordinateur l'expression non verbale de Nicolas Sarkozy (je n'ai pas trouvé de vidéo sur Youtube et je n'ai pas le dvd sous la main, mais je vous trouverai les références, si vous me le demandez). Le logiciel analysait les quatre émotions fondamental (colère, tristesse, joie, peur). Le profil de Sarkozy était très fortement marqué par la colère.
Ce qui est étonnant dans le personnage de Barak Obama est la sérénité de son visage, la qualité de son expression, la posture de son corps. Deux mots me viennent à l'esprit : douceur et fermeté. Cela me rappelle l'expression de ma professeur de piano, quand j'étais petit : "tu dois avoir des doigts d'acier dans un gant de velours". C'est à peu près ça.
Cela donne à Barak Obama une "étrangeté" tout à fait en phase avec sa volonté d'être en rupture. A la fin du film, juste avant que Barak Obama fasse acte d'humilité en expliquant "qu'il n'est pas parfait et qu'il ne sera pas un Président parfait" un élu décrit ce "type spécial" :
"This guy is special because I think he can bring in people together, because he is a good decent man, that understands the world through his background, that he is an man who can heal this country... (je n'ai pas compris ce passage : partitionship ?) ... there is a very, unusual good positive side in this man that we need in this junction of History" (ça ne me semble pas grammaticalement juste, mais bon vous aurez compris, hein).
Le film joue de manière très inspirée sur cette matière première de
choix : ses expressions sont très différentes suivant qu'il est dans la
peau du candidat ou dans la peau du citoyen (beaucoup plus souriant et
affectueux, parfois une attitude quasi christique). A remarquer également, les choix de tenue vestimentaire (du costume à la chemise ouverte).
D'où le rôle de "sauveur" que Barak Obama endosse avec une vraie élégance naturelle. Un sauveur venu d'ailleurs, "a problem solver who thinks big" comme le dira une personne interviewée.
Trois fois dans le film, des personnes à qui Barak Obama adresse la parole en simplement expliquant ce qui est juste, remercieront Barak Obama par un "thank you" quasi-illuminé. C'est très touchant, c'est aussi un peu inquiétant.
Dans le rôle de sauveur, il me fait penser à Ségolène Royal. Ce que dit Barak Obama est simple et sain : t'as bossé, t'as droit à ta part ; t'es malade, la société doit t'aider ; t'as des enfants, nous leur devons une bonne éducation. Mais pourquoi diable Ségolène n'a jamais su convaincre ? Parce qu'un sauveur y croit vraiment : il est "consistant".
Il donne la sensation de maîtriser la situation. Voici deux enthousiastes qui expriment très bien ce que dégage le corps de Barak Obama :
Les petites phrases
Je termine avec quelque chose qui relève un peu de l'anecdote. Le film est bien évidemment émaillé de phrases clé, qu'on appelle aussi "petites phrases" en dialectique.
Celle que j'aime bien :
"we measure the strength of our economy not by the number of billionairs we have, orh by the profit of the Fortune 500" (une question d'indicateur, encore...)
Celle qui caractérise le rôle tenu par Barak Obama :
"a problem solver who thinks big"
Celle qui a plu à mon épouse :
"no governemnt programm can turn up the tv set, or put away the video games, or read to your children"
Celle qui a du plaire tout court :
"Tax payers are payed back first" (au sujet de la crise financière)
Celle qui, d'après les articles qui ont paru suite à la diffusion de la publicité est restée en mémoire :
"...I reminded every single day that I am not a perfect man, I will not be a perfect President, but I can promise you this : I will always tell you what I think and where I stand, I will always be honest with you about the challenges we face, I will listen to you when we disagree, and most importantly, I will open the doors of Governement and ask you to be involved in your own democracy again"
La presse n'a retenu, semble-t-il que la première proposition "je ne suis pas parfait et je ne serai pas un Président parfait". Dommage, parce que le vrai et unique programme politique du bonhomme, c'est la suite de la proposition. Bah. Chapeau, monsieur Obama.
Sinon, pour les initiés, j'ai aussi ça (merci Alex) :
Mon épouse a eu une intuition géniale ce matin : elle a acheté le Monde. Je parcours souvent le Monde sur Internet, mais là il m'a semblé que c'était un collector. Je crois que je vais m'abonner.
Petite revue de presse du Monde :
Couverture : 25.000 milliards de dollars. Et zut... dans mes précédents posts je me suis trompé d'un zéro. C'est absolument abyssal.... ça sent le sapin, non ?
Editorial en page 2 : un pétrole moins cher
. "...il n'y a que des raisons de se réjouir d'une évolution qui a déjà
entraîné, en France, une diminution de 27 centimes sur le gazole,
depuis son pic de la fin mai, et de 22 centimes pour l'essence". Je ne sais pas qui a écrit cet article débile (même un Président de compagnie pétrolière n'aurait pas osé), en tout cas, bien des lecteurs ont réagi.
Quatre roues, cinq crises : où va l'automobile ? en page 16 : "La crise des subprimes a révélé aux Etats-Unis et dans une moindre
mesure en Europe que la chute des valeurs immobilières était
directement proportionnelle à la distance qui sépare ces maisons du
centre-ville" une interview passionnante, et je doute que l'auteur de l'éditorial en page 4 l'ait lu (sait-il lire, au fait ?)
Voilà. Le Monde porte bien son nom : en quelques pages une synthèse, tantôt effrayante, tantôt dérisoire, tantôt encourageante de l'état de notre monde. Elle me dit ceci :
on ne sait pas du tout où on va, et tout le monde se trompe sur tout
l'indicateur (voir la couverture) est totalement inopérant (ce qui n'est pas pratique quand on ne sait pas où on va)
tant qu'on arrive à en rire, on n'entendra pas les bruits de bottes.
Les dernières semaines pendant lesquelles je me demandais vraiment s'il restera en 2009 une banque honnête et, en conséquence, une entreprise solvable, se sont conclues par ce coup de tonnerre, dans la voiture de mon épouse : en ouverture du journal de 19h 30 sur France Info, j'apprends que Dominique Strauss Kahn est l'objet d'une enquête pour avoir zigounilipoulilé avec une collègue.
Et franchement, mesdames et messieurs les journalistes, est-ce que vous faites vraiment votre métier en mettant cette info en première page de vos journaux ? Je sais qu'on peut en débattre, que c'est pas simple, et que vous faites ce que vous pouvez. Mais bon...
J'aimerais qu'il y ait plus de colère, de rigueur, de sévérité, voire de cruauté, envers les banquiers irresponsables qui ont joué notre argent au casino (mais attention ! avec classe, avec élégance ! avec des costumes Hugo Boss, s'il vous plait ! avec sérieux, en somme) que de voyeurisme, de bêtise, d'hypocrisie et de mépris pour ceux qui créent vraiment de la valeur.
Le système est dans le mur, si on le garde, il faut absolument changer de chauffeur
En tant qu'économiste, chef d'entreprise, conseil en communication, et engagé pour permettre à mes enfants de vivre sur une planète à peu près supportable, je voudrais rappeler deux choses toutes simples, autrement plus importantes :
l'argent perdu est perdu. Ce n'est pas une soi-disant "économie virtuelle" : cet argent représente notre travail. Il est parti en guerres, en enfants morts, en immeubles vides, et en spéculation. Il ne reviendra pas par un coup de baguette magique.
avec trois mille milliards de dollars, on aurait pu, dans le même système, sauver la planète et mettre fin à la pauvreté. Pour donner une échelle de grandeur, le programme ITER (un des espoirs les plus sérieux de produire une énergie propre, sûre, disponible et quasi inépuisable) représente un investissement de 50 milliards de dollars sur 25 ans. Soit 60 fois moins que les pots cassés que nous payerons directement ou par l'inflation. Ce programme aurait du démarrer en 1996. A l'époque, je travaillais pour un fournisseur de pièces destinées aux Tokamaks. Un des ingénieurs m'avait dit, déçu : "le projet est reporté de 10 ans, le financement n'est pas bouclé" !!
Le système capitaliste, ou quelque soit le nom qu'on lui donne a pris un coup dans l'aile. Comme une voiture envoyée dans le fossé par la faute d'un conducteur ivre. Pas par la faute de la voiture. Normalement, on répare la voiture et on met le chauffard en prison.
Sinon, qu'on ne s'étonne pas qu'il y ait des révolutions violentes. Elle ne sont pas garantes de la clairvoyance des révolutionnaires. Mais elles s'expliquent par l'arrogance et l'incompétence des pouvoirs en place.
C’est tout de même inédit : pour la deuxième fois dans le siècle, le Président de la plus grande puissance économique et militaire du monde, fait son Caliméro :
En 2001, il paye le prix de 10 ans de magouille avec les réseaux extrémistes islamistes. Et il fait son Caliméro. Bouuûh, c'est vraiment top inzuste ! Ces méchants Irakiens veulent détruire les Etats-Unis. Résultat : 1.000 milliards de dollars d’effort de guerre supportés par le peuple américain.
En 2008, il paye le prix de 10 ans de spéculation bancaire. Les risques sont constamment évoqués par les banquiers eux-mêmes depuis au moins 5 ans. Caliméro, encore. Bouuûh, c'est vraiment trop inzuste ! Ces méchants banquiers vont mettre l’économie des Etats-Unis par terre. Résultat : 1.000 milliards de dollars de dépenses insolvables supportés par le peuple américain.
Ca fait une addition de l’ordre de 2.000 milliards de dollars, qui sera d’ailleurs payée solidairement par le monde entier du fait de la chute du dollar, commencée depuis longtemps. Les premiers créanciers étant les Chinois. Et les premières victimes ont été les Irakiens qui n’y sont pour rien dans cette sinistre histoire.
Nicolas Sarkozy demandait récemment que les responsables soient identifiés. C’est un gag ou de la bêtise ? On ne sait pas.
Qui décide de faire la guerre ? Les décideurs politiques. Qui fixe les règles de l’économie de marché ? Les décideurs politiques. Voilà. Identifier les responsables est assez simple. Et après ?
Après, il ne reste que la stratégie du Caliméro pour sauver sa peau : je me présente à la télévision et je montre à quel point je suis impuissant et malheureux des malheurs qui s’abattent sur le peuple qui m’a élu.
En communication de crise, on peut faire son Caliméro devant les caméras. Une fois, ça passe. Deux fois, c’est lourd. Trois fois ça casse. On peut présenter ses excuses une première fois, la deuxième phase doit être plus offensive : voici ce que je fais pour réparer, et pour préparer l’avenir.
Je ne connais pas de cas où les dirigeants que nous avons coachés ont fait deux fois la même erreur, et ont été obligés de faire leur Caliméro deux fois de suite.
Tout cela prêterait à sourire s’il n’allait pas de l’image comme du dollar : quand le marché n’a plus confiance, le système s’écroule.
On ne va pas couper la tête aux dirigeants politiques du monde occidental du début du XXIe siècle, c’est dépassé.
Mais il est temps qu’ils s’en aillent, avant qu’on atteigne le troisième Caliméro qui sera fatal. Bouuûh ! Envoyons des F16 contre le méchant climat qui est en train de nous exterminer et bombardons-le de subprimes, voilà la solution !
Et ça va être très compliqué pour les suivants : compliqué à réparer, compliqué à gérer, compliqué à communiquer.
Lire aussi cet excellent article de Jean-Michel Aphatie, qu'on ne peut tout de même pas taxer de révolutionnaire (enfin, quand je dis taxer...) : Une civilisation en crise