
Lu dans les échos de samedi 22 avril 2006 : « l’agence de l’innovation élit six projets d’envergure mondiale ». Ou comment faire du vieux avec du neuf. L’innovation est un enjeu trop important pour le confier aux politiques.
Le titre nous explique que l’innovation, c’est une question d’élection. Pour l’institution, l’innovation se décrète, se vote, comme une sorte de loi. Raté. L’innovation s’adopte par un marché.
La haute technologie est-elle bonne pour la santé ?
Le chapeau : « Jacques Chirac détaillera mardi les six premiers projets de recherche d’envergure mondiale financés par l’Agence dans le high-tech, l’énergie, le transport, la santé… »
Il nous dit au moins deux choses :
Voici de quoi redorer la couronne de notre chef (voir ma note du 21/03/06 ). Toutes les occasions sont bonnes à prendre.
La technologie est mise sur le même plan que le transport ou la santé. Ah bon ? Vous mangez de la high tech au petit déjeuner, vous ? C’est bon ? Avec du sucre ou du sel ?
Des subventions cachées aux multinationales
L’article lui-même dévoile le sens de cette drôle de danse. Les « innovateurs » s’appellent Thomson, Alcatel, Siemens, Alstom et Roquette. L’innovation vient des marges, on élit des dinosaures. Et les projets s’appellent moteur de recherche, télévision, économie d’énergie, imagerie médicale, TGV, chimie verte. L’innovation crée de l’impensé, toutes ces projets existent déjà.
Alors bon, qu’on explique que l’Etat finance les développements des entreprises multinationales qui permettent à la France de faire face aux innovateurs américains et japonais, pourquoi pas. Ce n’est pas différent que les subventions cachées que le gouvernement américain glisse à Boeing. Mais qu’on essaye de faire passer des vessies pour des lanternes ne sert qu’à enfoncer un peu plus notre société dans l’incohérence.
Le non-dit tue
Je désespère d’entendre un jour la classe politique dire ce qu’elle pense. Pourquoi toujours prendre les gens pour des cons ? La psychogénéalogie démontre de manière étonnante les ravages du non-dit sur les générations. J’ai entendu Pierre Bourdieu (dans le film « la sociologie est un sport de combat » de Pierre Carles – 2001) : « on peut brûler des voitures, mais il faut savoir pourquoi... ». La conséquence du secret de famille, c’est qu’on tue sans savoir pourquoi.
Notre photo :
Vu sur le site de l'agence de l'innovation industrielle (AII) : comment la classe politique voit l’innovation. Des gens importants sur une tribune qui se congratulent. Remarquez que personne n'écoute personne. L'un répète ce qu'il va dire, la plupart regardent dans le vide, et le Président regarde ailleurs, pendant que l'orateur parle à son micro sans regarder le public. Ca vous chatouille ou ça vous congratule ?

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